24 juillet 1931 : naissance à Nantes
1964 : victoire dans la Transat anglaise à bord de Pen Duick II
1967 : sept victoires sur Pen Duick III
1969 : record de la traversée Les Canaries - Les Antilles (10 jours)
1980 : record de l'Atlantique (10 jours, 14 h 20 mn)
1997 : victoire en monocoque dans la Transat Jacques Vabre
Il n'aimait pas la mer, mais il aimait les bateaux. Dix ans après sa mort, Eric Tabarly navigue sur la crête de l'actualité : des livres, un film, une exposition au Musée National de la Marine, une autre à la Cité de la Voile de Lorient... Tabarly sur tous les fronts, sur toutes les mers, à commencer par celle du souvenir.
On l'a défini comme « l'homme qui a fait aimer la mer aux Français ». Non point que les Hexagonaux avaient oublié qu'une partie de leur pays était bordé par les eaux, mais ils se désintéressaient de ce qui se passait au delà de la ligne d'horizon. Ils ne savaient même pas que s'y couraient des épreuves très difficiles et très populaires auprès... des Anglo-saxons !
Jusqu'à 1964. Cette année-là, un militaire inconnu se permet de faire la nique à messieurs les Anglais en gagnant la Transat anglaise. Le nom de son bateau fait froncer les sourcils : Pen Duick II. Il faut être Breton pour savoir que cela signifie « petite tête noire » et que cela se réfère à la mésange à tête noire.
Ce Tabarly qui bouscule les traditions est-il un aventurier chanceux ? Que nenni ! Au fil des ans, il va prouver qu'il est l'un des plus grands marins de son temps. Un champion du monde.
Avec son air de ne pas y toucher, mais avec une volonté de fer, il va rafler tous les trophées : Fastnet, Channel Race, Morgan Cup, Plymouth-La Rochelle, Plymouth-Santander, les Bermudes, Sydney-Hobarth... Plus des records. Infatigable, increvable, incroyable.
Il entre dans la légende et reçoit les félicitations du général de Gaulle ce qui, pour un soldat, est presque aussi important que la Légion d'Honneur (que Tabarly recevra également).
Car la majeure partie de sa carrière de navigateur, Eric l'a faite en restant sous les drapeaux (mais sans l'uniforme, un peu encombrant pour les manœuvres en haute mer). Il s'est engagé en 1953 dans l'Aéronavale et, trois ans plus tard, entre à l'Ecole Navale qu'il ne quittera que pour prendre sa retraite.
Puits de science et professeur émérite
Ses exploits, il en fait pratiquement cadeau à l'armée et, indirectement, à la France.
Mais Tabarly n'est pas seulement un marin hors-pair, c'est aussi un puits de science. Dévorant tout ce qui concerne la marine, il imagine des voiliers quasi-révolutionnaires qui ouvriront la porte à une nouvelle ère de bateaux. Même s'il nourrit un amour particulier aux voiliers « à l'ancienne » (d'où les réparations constantes sur son Pen Duick qui fêtera son centenaire en 1988), il se passionne pour les techniques nouvelles et prédit l'avènement des catamarans.
Et puis il fut un professeur émérite, emmenant avec lui les futurs grands noms de la voile : Olivier de Kersauzon, Alain Colas, Philippe Poupon, Marc Pajot, Titouan Lamazou...
On le disait taciturne, il était bavard. On le disait solitaire, il adorait la compagnie de ses coéquipiers. On le disait célibataire endurci, il fonda une famille. Eric Tabarly est un homme qui n'a pas fini dévoiler ses secrets.
Le seul qu'il a emporté avec lui est celui de sa mort : pourquoi ce marin exemplaire est-il tombé en mer dans la nuit du 12 au 13 juin 1998 ?
Pierre Marcel propose un portrait d'Eric Tabarly (Tabarly, sortie en salle le 11 juin) à travers des documents d'archive. On y voit le marin dans ses œuvres c'est-à-dire sur son bateau, affrontant les tempêtes avec calme et accumulant les victoires avec grâce. On le voit aussi mal à l'aise avec les journalistes, souriant avec sa famille, chaleureux avec ses amis. La vie d'un homme pas tout à fait comme les autres. Interview.
Quel était le parti pris de départ ?
Pierre Marcel. Que Tabarly se raconte lui-même. Il devait être la voix du film.
Comment se sont passées les recherches ?
Ca a duré un an et demi et nous avons cherché dans le monde entier. Y compris au Japon et aux Etats-Unis pour l'arrivée de certaines courses. Nous avons collecté environ 400 heures d'images à partir desquelles nous avons fait notre choix.
Comment définiriez-vous Tabarly ?
Il aimait vraiment les bateaux. Plus que la mer. Je veux dire qu'il n'a jamais pris parti pour la défense des océans ou des choses comme ça. Lui c'étaient les bateaux. Et puis c'était un sportif de très haut niveau.
En effectuant ce travail, qu'avez-vous découvert que vous ne connaissiez pas ?
J'ai découvert un personnage éminemment sympathique alors que ce n'est pas l'image que j'en avais. Dans toutes les interviews qu'il a données, il finissait toujours ses phrases par un sourire. C'était quelqu'un de très malicieux.
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