Monde

Le Tibet, entre montagnes et oubli.

Tibet d'hier et d'aujourd'hui

Le train du Tibet

Pour désenclaver le Tibet de son isolement, les Chinois ont construit « le plus haut train du monde », une ligne reliant Pékin à Lhassa. Une ouverture sur le monde ? Pas tout à fait : si les Chinois ont le droit d’entrer en masse au Tibet, les Tibétains, eux, ne peuvent en sortir que munis d’un permis spécial difficile à obtenir.

La visite du dalaï-lama en France fait naître beaucoup de polémiques. Reçu presque en catimini au Sénat, ignoré par l’Elysée, il n’a de cesse que défendre le pays qui l’a vu naître et dont il s’est enfui après l’invasion chinoise.

 

Les fans de Tintin et autres bandes dessinées savent que le Tibet est une belle région montagneuse habitée par des moines aux crânes rasés et habillés de rouge. Vision partiellement exacte mais quelque peu réductrice.

Pour bien comprendre le Tibet, il faut voir sa situation géographique. Le Tibet est entouré de montagnes, certes – ce qui a rendu possible son isolement durant des siècles – mais a pour principaux voisins l’Inde et la Chine.

Tout se passe relativement bien jusqu’en 1950. A cette date, l’armée populaire chinoise, dite « de libération » envahit le territoire. Les Tibétains, qui ont perdu leur humeur belliqueuse depuis des lustres, se défendent mal.

En quelques années, la Chine modifie en profondeur le Tibet qui devient une province d’un vaste pays. Les temples sont fermés, les manifestations religieuses réprimées, les populations déplacées. Tout ça ne se fait pas dans la douceur.

Le gouvernement tibétain en exil affirme que plus d’un million de personnes sont mortes suite aux exactions chinoises. Chiffre, bien sûr, réfuté par Pékin.

Si, plus d’un demi-siècle plus tard, le Tibet fait officiellement partie de la Chine, pour nombre de Tibétains, à commencer par ceux en exil, il s’agit d’un pays occupé par une puissance étrangère.

Aujourd’hui la situation est complexe. D’un côté le gouvernement en exil réclame le départ des troupes chinoises mais, d’un autre, il a parfaitement conscience de la trace laissée par les Chinois en cinquante ans ne s’effacera pas d’un trait de plume. Nombre de Chinois, non militaires, sont venus s’installer au Tibet. Actuellement ils sont 7,5 millions contre 6 millions de Tibétains. Pas question de les chasser comme des voleurs. Il faudra négocier, transiger. D’autant que, abandonnée par la Chine qui, à l’heure actuelle contrôle tout, le Tibet risquerait de se trouver démuni.

Mais, de toute façon, la question ne se pose pas. Pour Pékin, le Tibet fait partie intégrante de la Chine de même que la Bretagne est française et l’Arkansas américain. Toute discussion sur le sujet est nulle est non avenue.

Ce qui n’empêche pas que l’on puisse parler des droits de l’homme. Toutes les associations humanitaires sont unanimes pour dire qu’ils sont bafoués au Tibet. Les exemples sont innombrables et la récente répression d’émeutes l’a prouvé au monde entier.

Le dalaï-lama sait que le changement ne pourra pas venir de l’intérieur. Les Tibétains sont trop faibles pour fomenter une révolution, d’autant que ce n’est pas dans leur tradition. C’est pourquoi il parcourt le monde, en quête d’une aide internationale. Seule la pression du monde pourra, peut-être, faire fléchir la Chine.

« La communauté internationale a la responsabilité d’entraîner la Chine sur le chemin de la démocratie » a-t-il notamment déclaré lors de son passage à Paris.

 

Le dalaï-lama

Le dalaï-lama n’est pas un animal qui crache quand il n’est pas content. C’est un chef religieux. Il est aussi, aujourd’hui, un chef politique.

Selon la tradition tibétaine, le premier dalaï-lama (1391-1474) n’a jamais cessé de se réincarner. C’est pourquoi nul ne postule à l’emploi. Le dalaï-lama est désigné par son prédécesseur, souvent de manière assez complexe. Des émissaires partent en quête de « l’élu » et finissent par trouver un bébé ou un jeune enfant qui est amené l’enseignement du bouddhisme tibétain.

C’est exactement ce qui est arrivé à l’actuel dalaï-lama, 14ème du nom. A la base, il se nomme Lhamo Dhondrub. Né le 6 juillet 1935, il grandit dans une famille d’agriculteurs. A l’âge de deux ans, des émissaires bouddhistes le désignent comme la réincarnation du 13ème dalaï-lama. A six ans, il entre au monastère de Lhassa, capitale du Tibet.

Mais lui va suivre un parcours différent. L’invasion de son pays signifie son assignation à résidence. Les Chinois, qui connaissent son influence sur les Tibétains, veulent l’avoir sous la main, et, pourquoi pas, le soumettre.

Ils se trompent du tout au tout. Non seulement le dalaï-lama n’accepte pas leurs ordres mais il réussit à s’évader. Avec quelques fidèles, il traverse l’Himalaya et se réfugie en Inde qui, au fil des ans, devient le haut lieu du bouddhisme mondial.

Depuis, les Chinois se mordent les doigts de l’avoir laissé partir. Le dalaï-lama ne cesse de parcourir le monde pour présenter sa religion et évoquer son pays. Par la seule force de sa parole, il a convaincu des millions d’adeptes.

Par Philippe, le 20/08/2008 11:24

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