Pour la griffe YSL, vous la retrouverez à Paris dans les locaux de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent. Mais son âme se situera certainement dans les Jardins Majorelle à Marrakech (Maroc)... Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé ont racheté en 1980 ce petit coin de paradis botanique pour le sauver des promotteurs immobiliers. Les jardins de Majorelle, véritable bijou végétal, sont ouverts au public.
Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent
1, rue Léonce Reynaud, 75016 Paris
www.fondation-pb-ysl.ne
Tél : 01. 44. 31. 64. 00.
Réservations : 01. 44. 31. 64. 31.
Yves Saint-Laurent, 71 ans, est décédé dimanche d’une tumeur au cerveau. Surnommé « le petit prince de la haute couture », il fut l’un des plus grands couturiers de son siècle. Sa biographe, Laurence Benaïm écrit de lui : « il n’est pas né pour faire de la mode, mais pour faire la mode ». Retour sur la vie d’un homme qui mena des révolutions dans les garde-robes des femmes.
Au début. Né à Oran en 1936, Yves Saint-Laurent quitte l’Algérie en 1954. Fasciné depuis son enfance par les magazines de mode de sa mère, il rejoint Paris et suit les cours de dessins de la chambre syndicale de haute couture. Croquis sous le bras, il pousse la porte du magazine Vogue et montre ses dessins à Michel de Brunhoff, rédacteur en chef. Celui-ci publie quelques croquis du prometteur débutant et le présente à Christian Dior. Le grand couturier le prend comme assistant un an plus tard. Avant sa mort soudaine en 1957, Dior avait déjà désigné son dauphin dans son testament. Yves Saint Laurent était propulsé, à 21 ans seulement, directeur artistique de la maison Christian Dior.
Chez Dior. La première collection est présentée en 1958, il triomphe cette année-là avec la ligne Trapèze. La robe trapèze s’évase dès les épaules et le buste, et n’arrête plus jusqu’en bas. Ici, la taille de guêpe n’est plus reine, la ceinture fermée depuis le dernier trou a disparu. La femme peut respirer par le ventre et les hanches se mouvoir librement. Cette collection vaut à Saint-Laurent son surnom de Petit Prince. Entre 1958 et 1960, il signe six collections pour Christian Dior.
YSL. Un bref passage sous les drapeaux pendant la guerre d’Algérie et des compagnons de chambrée peu enclins à accepter son homosexualité, vont lui infliger une sévère dépression. Rapidement remplacé chez Dior, son complice et compagnon, Pierre Bergé, le convainc de se lancer à son compte. Saint-Laurent n’a qu’à créer, Pierre Bergé supporte tous les aspects financiers de l’entreprise. Première collection en 1962, trois lettres d’or entrelacées, YSL, deviennent le symbole du créateur. Le caban, la robe Mondrian, le smoking... il impose ce qu’il veut. Inspiré par Delacroix, Matisse, Warhol... il marie les couleurs, lui qui a pourtant montré en 1958 une première collection toute en noire.
Une collection de scandales. Un premier avec la fameuse « see-through blouse ». La veste de smoking est portée à la fin des années 60 sur une blouse en cigaline. Noire et transparente, la bien nommée blouse suggère des seins qui évoluent librement. Les Américains puritains en furent so shocking !
Et puis YSL a l’idée de poser nu pour la campagne de pub de son propre parfum, Pour Homme. Célèbre cliché transgressif de Jeanloup Sieff, le couturier y pose comme un jeune éphèbe, décomplexé.
On pense aussi au parfum Opium, mis sur le marché en 1977, très controversé pour son nom, comme une résonance aux longues années d’excès du créateur. Le parfum entête et enivre. Epicées et musquées, ses senteurs orientales rompent avec les fragrances fleuries de l’époque. La communauté chinoise des Etats-Unis conteste ce nom de baptême en manifestant dans les rues.
Pour la femme. Il les observe. Il prend le look des filles des rues et en habille les filles des podiums : blouson de cuir, jeans, look beatnik. Il habille les femmes au cinéma : Catherine Deneuve dans belle de jour de Bunuel, pour ne citer qu’elle. Yves Saint Laurent est aussi le premier créateur de Haute Couture à se rendre accessible au plus grand nombre. Il veut démocratiser la mode et lance en 1966 Yves Saint Laurent Rive Gauche, une ligne de prêt-à-porter. On se presse pour acquérir les fameuses robes chasubles, les cabans et smokings, on veut son « Saint Laurent ».
Sa révérence. Il la tire en 2002 et disparaît de la mode. La rétrospective émouvante de son oeuvre s’apparente à une anthologie de la mode. Ultime révérence dimanche, il a rejoint coco Chanel, avec un seul regret : « ne pas avoir inventé le jean ».
Source: Yves Saint Laurent, de Laurence Benaïm, Editions Grasset.
Il était le symbole de la virilité, l’apanage de l’homme puissant. Pourtant Yves Saint Laurent s’est permis de voler ce symbole masculin et l’a introduit sans crier gare dans la maison des femmes. Le larcin a eu lieu en 1966. Le rock n’roll endiable la jeunesse américaine, les jeunes Français se dandinent sur le yéyé. Un vent de révolution souffle. Cette année-là, Yves Saint Laurent crée le scandale dans le monde étriqué et guindé de la haute couture. Ses podiums sont foulés par des femmes en smoking. Des femmes habillées en homme, en 1966, rendez-vous compte ! Pourtant, le couturier ne pouvait pas capter plus encore l’air du temps. La femme vit son émancipation. Ras-le-bol d’être habillée comme bobonne, la jeune fille veut mettre les mains dans les poches. En 67, elle a le droit à la contraception grâce à la loi Neuwirth, en 68, elle brûle son soutien-gorge en haut des barricades. Alors un pantalon pour femme, en 1966, c’est avant-gardiste, mais surtout pas décalé. Depuis cette époque, chaque collection YSL comporte son smoking féminin. Chaque année, il est revisité, mais jamais il n’a été démodé.
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