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C’est dur d’être aimé par des cons

Bureau de Charlie Hebdo

Historique

La nouvelle version de Charlie-Hebdo est née en 1992 avec une grande partie de l’équipe d’origine. Hebdomadaire indépendant, il estime n’avoir de compte à rendre à personne. Actuellement le tirage en est de 90.000 exemplaires. Le numéro spécial avec les caricatures de Mahomet s’est venu à 450.000 exemplaires !

Cette phrase c’est celle d’une couverture de Charlie-Hebdo qui fit scandale. Associée à la publication de caricatures du prophète Mahomet, elle donna lieu à un procès retentissant au sein duquel la liberté d’expression se retrouva en jeu. Un film revient sur ce véritable phénomène de société qui suscita des passions.

L’affaire remonte à septembre 2005. Un journal danois organise un concours de caricatures autour du prophète Mahomet. Il en reçoit des dizaines et en sélectionne douze. En les publiant, il déclenche un véritable scandale. Des musulmans danois descendent dans la rue, protestent, manifestent, brûlent des drapeaux. La communauté internationale s’empare du sujet. A-t-on le droit de caricaturer Mahomet ?

En France, la réponse est oui. France-Soir publie a son tour les douze dessins incriminés et affirme en une : « Oui, on a le droit de caricaturer Dieu ». Une publication qui vaudra le licenciement du rédacteur en chef…

Charlie-Hebdo, qui n’a jamais caressé personne dans le sens du poil, consacre un numéro spécial à l’affaire et publie à son tour les caricatures. La couverture est illustrée par un dessin de Cabu montrant un Mahomet désespéré et se couvrant les yeux. Avec en guise de commentaire : « C’est dur d’être aimé par les cons ».

La réaction ne se fait pas attendre. Le Conseil du culte musulman (CFCM) intente un procès à l’hebdomadaire satirique.

Le président Jacques Chirac intervient et traite Charlie-Hebdo de « provocateur ». Ce que, aujourd’hui encore, n’accepte pas Philippe Val, directeur de publication du magazine.

« Ca me choque vachement que le président prenne parti pour garder ses bonnes relations avec les pays arabes, dit-il. Je trouve ça lamentable. Je sais, par des sources, qu’il a été très violent en conseil des ministres. Mettons cela sur le compte du fait qu’il était vieux et fatigué… »

Les audiences ont lieu en février 2007. Alors que l’accusation n’appelle aucun témoin, préférant se situer au niveau du « débat d’idées », la défense fait appel à de nombreux intellectuels. En cause : la liberté d’expression.

Des musulmans viennent expliquer que, tout en n’appréciant pas forcément les caricatures, ils refusent toute forme de censure. Puis ce sont au tour des politiques d’apporter leur soutien : François Hollande, François Bayrou et même Nicolas Sarkozy qui intervient de manière aussi originale que calculée.

Les médias couvrent le procès. Dans l’enceinte du palais de justice de Paris, on compte les coups. La défense trouve que la partie adverse manque d’arguments. A contrario, du côté des musulmans on estime que le débat est faussé.

Le verdict donnera lieu à un appel qui confirmera la décision. Les plaignants sont déboutés. La liberté d’expression est sauve.

Pour autant, Me Szpiner, avocat de la Mosquée de Paris, estime aujourd’hui qu’il n’a pas perdu. Ce procès a permis de faire avancer les idées, d’ouvrir un débat entre les humoristes et les musulmans. Surtout, selon lui, il a permis de désamorcer la colère des intégristes. En traitant du sujet au prétoire, on aurait évité les émeutes dans la rue.

Philippe Val s’explique

Pourquoi avoir choisi de publier les 12 caricatures ?

Parce qu’elles forment un ensemble mis en cause par les imams danois, qui avaient ajouté des faux scandaleux. J’ai parlé à des confrères pour qu’on publie tous ensemble. Tous m’ont donné un accord favorable mais après c’est devenu compliqué. On s’est retrouvé seuls à les publier, avec France-Soir, dont le rédacteur en chef a été viré comme une merde sitôt après la publication.

Que pensiez-vous de ces caricatures ?

Je les ai regardées, elles m’ont semblé anodines. Elles n’avaient rien d’inacceptable pour un citoyen d’un état de droit, quelle que soit sa religion. Pour moi la publication c’était un marquage de territoire, pas une provocation.

Craigniez-vous un procès ?

Non, pas au début. Du bordel, il y en avait déjà ! Mais je me disais qu’on n’allait pas revenir sur les lois de 1881, sinon après ça allait être quoi ? On risquait de se retrouver avec une liberté d’expression de plus en plus restreinte.

Comment avez-vous réuni les témoins ?

Ca a été dur de réunir un tel casting ! Je voulais certaines personnes à la barre, de tendances différentes, réunies autour de la liberté d’expression : des croyants musulmans, des intellectuels agnostiques, des juifs, des catholiques, des gens de droite et de gauche. Tous se sont placés au-dessus de leurs propres opinions.

Par Philippe, le 14/09/2008 08:30

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